Partager les adresses ? Non ! (I)

 C'est fini l'époque, le début des années 70, ou une poignée de voyageurs déambulaient sur les routes de l'Inde. Un seul guide sur papier jauni, le célèbre " overland to india and australia" que l'on se partageait. On était peu, beaucoup moins que la légende le suggère. Il y avait toujours de la place pour dormir à Kaboul même s'il fallait acheter le bois pour la douche. A Peshawar c'était un mince matelas sur un sommier en corde, avec le matin la visite du vendeur de thé avec biscuits, du barbier, du dealer d'herbe et d'opium... Combien était-on sur la route de Rishiquesh, avant ou après les Beatles, pour finir à Goa, Katmandou ou Ceylan ? A peine quelques milliers.



Le célèbre BIT Travel Guide (1970)
  Plus tard, ce fut l’Amérique du sud, de la Colombie a la Terre de Feu. Le South American Handbook était déjà une légende, une vraie bible, un trésor d'informations pour des routards plus motivés et exigeants que les babas cool. Là encore il y avait assez de place pour tous, on ne se bousculait pas. Et puis, petit à petit ça s'est emballé. Le tourisme jeune de masse a tout gâché. Une clientèle "société de consommation" est apparue : il a fallu la satisfaire. Multiplication des guides, copiés-collés des adresses. Avec l'arrivée d'Internet, c'est tout cela en direct chez soi entre deux publicités. Le syndrome TripAdvisor, bref la fin...
Les endroits les plus sympathiques se font rares, toute la clientèle est étrangère, bruyante, sans respect pour la culture locale. Pour être sur d'avoir une chambre dans un petit hôtel sympa de Baranquilla ou Aréquipa il faut réserver maintenant réserver trois mois à l'avance…

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