L'homosexualité au Mexique, un entretien avec AngelJob

AngelJob, artiste, acteur et grand photographe de la scène gay mexicaine a bien voulu m'accorder quelques instants pour cette interview a propos de la situation de l'homosexualité au Mexique. Un grand merci a lui pour toutes ces précisions sur un sujet si complexe dans un pays non moins complexe ou l'on continue de vivre et de bien vivre. 

 De manière générale que penses-tu de la situation de l'homosexualité au Mexique?
-Elle très divisée, manque de maturité, elle doit trouver sa personnalité, et suit encore des modèles étrangers. Elle manque de tolérance. Ce pays est un très macho.
L'Église est le grand problème de l'homosexualité dans ce pays ?
- (Grand sourire) Oui et non. Oui car il y a une éducation très catholique et très traditionnelle. Non parce-que le mexicain n'aime pas suivre les règles, c'est un rebelle, il regrette ce qu'il fait mais il continue de le faire.
A coté de l'Eglise quel est le poids des préjugés dans les milieux populaires?
- Souvent, les personnes avec moins de ressources peur de ce que l'Église peut dire, encore plus si leur milieu leur dit comment vivre et se conduire. Dans certains milieux, une vie homosexuelle peut être problématique, ce n'est pas accepté si cela va a l'encontre du moule familial.
A l'étranger on parle beaucoup de machisme au Mexique. Le machisme et l'homophobie sont-ils liés ?
- C'est sur. Le machisme lutte pour donner une image de cowboys et de mariachis avec beaucoup de femmes et un comportement très viril. Ca devient le rôle a jouer et quand on voit un gay qui n'entre pas dans ce moule, cela crée de l'homophobie. Y compris pour de nombreuses femmes qui n'aiment pas voir un bel homme efféminé : pour elles c'est du gâchis. Le gay mexicain aime simuler pour d'attirer d'autres hommes, mais si les deux font semblant d'être des machos alors qu'ils sont efféminés, imagine un peu...(clin d'oeil)

La marche de l'Orgullo Gay (la Fierté Gay) a Mexico c'est quelque chose de grandiose, c'est vrai ?
-Oui, elle est géniale. (rires) Il y a cinq ans tu pouvais parcourir toute la marche a pied et tu voyais tout, aujourd'hui c'est impossible. La marche a tellement grandi en si peu de temps ...C'est devenu une journée spéciale pour la communauté dans tout le pays. On vient de partout  pour la fêter ici-même et d'autres états ont aussi leurs petites marches ainsi que des semaines culturelles, des fêtes, etc .... On passe vraiment de bons moments !


 

 
 Il y a plus de liberté pour la communauté gay et lesbienne au Mexique ? Le climat a-t-il changé ?
- Bien sur et même beaucoup. Dans les années 90, il existait a peine cinq lieux gays et ils ne duraient pas longtemps. A cette époque on ne pouvait pas se toucher en public et encore moins s'embrasser, c'était une offense a la morale publique. Plus maintenant. Les lois ont changé. Il y a des commissions de droits de l'homme et des centres d'aide a la diversité homosexuelle. Même a la télévision il y a des héroïnes lesbiennes et des personnages gays qui ne sont pas efféminés. 

Mais il existe des quartiers ou tu dois faire attention et il faut encore un effort de la part de la population.
Le mariage homosexuel au Mexique, au moins a Mexico, c'est une grande avancée ?
- Bien sur ! Nous nous attendions a ce que le projet soit  avorté mais ce ne fut pas le cas. Dans quelle mesure il y a eu de l'opportunisme politique ? Difficile a dire mais le fait est la. Même si l'idée ne plaît pas a beaucoup. (rires)


Et toi tu vas te marier?
- (Rires) Moi jamais ! Je suis trop volage pour ça ... Plus sérieusement, on ne sait jamais mais en tous les cas, pas d'enfants !
On dit qu'au Mexique la bisexualité est un phénomène assez répandu. Est-ce vrai?
- (Surpris) Ces bisexuels dont tu parles sont des homosexuels réprimés. Ils sont forcés de se marier pour faire plaisir a la famille ou pour le travail et quand ils le peuvent ils vont chercher a s'amuser avec des gays. On dit ici : que faut-il a un "bouga" (gay feignant d'être hétérosexuel) pour devenir gay ? Seulement deux téquilas.
C'est pour cela que la téquila est si populaire?
- Ah non quand même pas ! Mais  ça marche aussi avec deux "chelas" (bières) et ca marche aussi avec une vodka ou même un "ronpope" (oeuf battu avec du rhum).(Rires)
Que dire de la situation du VIH et du SIDAau Mexique?
- C'est une situation alarmante, et même si on ne le croit pas il y a chaque jour de plus en plus de cas d'infections, y compris beaucoup qui ne le savent pas et même si l'on fait très attention. Les lieux de rencontre sont nombreux et pas chers, on y donne des préservatifs et des conseils. Mais il y a presque partout une personne infectée et non seulement dans les lieux de rencontres, alors autant toujours faire attention.

Mexico, novembre2010 (Nexos)
 Beaucoup de mes meilleurs amis sont contaminés mais ils ont une vie sentimentale et une vie sexuelle saine, bien informée. Nous sommes tous exposés à tout moment ... Donc je recommande de toujours faire attention, d'aimer, de ne jamais oublier que nous sommes des êtres humains, que chacun fait des erreurs mais a le même droit de vivre.
Dans le cas d'une relation entre un Mexicain et un étranger on ne peut écarter parfois de l'intérêt?
- écoute : c'est pareil entre une fille et un garçon. Cela  peut être une relation de facilité ou d'intérêt pour l'un des deux, mais ca peut  être aussi par amour ou par  tendresse ou les deux, pourquoi ne pas le dire ? Bien sûr, il y a de nombreux "chichifos" (variante de gigolos) mais en général on le sait et l'on se ment a soi-même. Pour la grande majorité des homosexuels mexicains qui recherchent un étranger, ce qui les intéresse, c'est le côté intellectuel et le choc culturel entre les différentes formes de communication.
Au Mexique les symboles nationaux abondent dans les lieux gays, surtout au moment des fêtes, vous êtes fiers d'être Mexicains ? En France, c'est tout le contraire. Qu'en penses-tu ?
-Le mexicain, il aime être mexicain et fait siennes les traditions. Elles ont évolué avec le temps  comme le Jour des Mort avec l'influence d'Halloween, mais on voit encore les symboles très forts de toutes les fêtes.
Donc si les gais se réclament de héritage mexicain et célèbrent les fêtes c'est plus une revendication du nationalisme mexicain ou de simples fêtes sans plus ?
- Le mexicain, même homosexuel, est fier d'être mexicain. Il est paretagé sur ​​ce qui se passe au Mexique, sur la pauvreté, les mauvais politiciens, les mauvaises lois, mais au bout du compte nous aimons toujours beaucoup notre pays et en célébrer ses fêtes.
Un dernier mot : comment te sens-tu comme  homosexuel au Mexique?
-  ça me plaît d'être gay ... Je ne sais pas comment c'est dans d'autres villes, mais ici c'est spectaculaire, diversifié, créatif et très drôle (sourire).
En se quittant je demande a Angel quel est son  restaurant préféré.
- Je n'en n'ai pas : seulement les "puestos" (stands), dans la rue, les petits tacos, "les kekas" (quesadillas).


C'est ca le Mexique...
                                               

Juan Gil et Marcelo Cordoba dans le feuilleton "Sortilegio"

1 commentaire:

  1. Article très intéressant.
    Etant moi-même homosexuel et vivant au Mexique depuis deux mois, j'ai trouvé ton article bien mené et complet.
    Je vis à Zihuatanejo, j'ai également commencé un blog.
    Je te laisse l'adresse: http://ixtazihua.blogspot.com
    A bientôt
    Gildas

    RépondreSupprimer